Le capitalisme entre deux eaux

Doit-on parler de contradictions, d’impératifs contradictoires ou de cercles vicieux ? Qu’importe les dénominations, elles ne manquent pas. Certaines ont finalement trouvé leur solution, d’autres semblent au contraire bien installées. Premier inventaire.

Le premier pourrait s’énoncer ainsi : plus les États utiliseront les taux bas pour emprunter, moins les banques centrales pourront durcir leur politique monétaire, sauf à faire de plus gros dégâts. La dynamique n’est pas favorable au changement ! C’est d’ailleurs le sentiment qui se dégage chez les analystes, car il est attendu des États un contrôle de la situation qui implique un fort accroissement de leur endettement, sa stabilisation étant reportée à plus tard, sa réduction restant du domaine de l’hypothèse. Il faut savoir ce que l’on veut.

De vieilles idées réactionnaires sont appliquées avec moins d’acharnement, réalisme oblige ! « Optimiser le coût du travail » pour compenser la stagnation de l’accroissement de la productivité reste une constante préoccupation, mais elle cherche d’autres traductions comme le rallongement de sa durée. Comme il ne faut pas créer un obstacle à la consommation et à la relance, une certaine prudence est de mise. Comment s’en sortir ? Diminuer les charges pesant sur les entreprises pour améliorer leur compétitivité internationale a pour conséquence de réduire les capacités budgétaires et de porter atteinte au « filet de sécurité sociale » qui empêche le système de s’effondrer, il faut donc raison garder. Les espoirs se reportent sur l’avènement de l’économie numérique, mais ce monde n’est décidément pas parfait, car ni l’emploi ni donc la consommation n’en sortiront gagnant, la croissance salvatrice en fera toujours les frais. Les entreprises accentueront leurs marges mais perdront des clients.

L’édifice de la finance se fragilise au fur et à mesure que le volume des actifs financiers s’accroît. Cet univers est condamné à la croissance porté par ses rendements mirifiques. Les investisseurs sont en permanence à la recherche d’un placement, cherchant soit la sécurité, soit le profit qui vont de moins en moins bien ensemble. Le risque augmente globalement, et avec lui la menace rampante d’une déstabilisation, d’autant qu’en face les moyens de consolidation – la dette publique au premier rang – sont fragilisés et que l’ingénierie financière triomphante s’est révélée d’un maniement délicat, à double tranchant. Se prémunir de l’insolvabilité qui rode crée les conditions d’une nouvelle fuite en avant reposant sur la création monétaire des banques centrales. Quoi qu’on en dise, elle est en cours, il faudra s’en accommoder.

La redistribution de la richesse est reconnue comme un impératif, mais rien n’y fera tant qu’une taxation déterminée des activités financières ne fera pas obstacle à la dynamique irrésistible de la spéculation financière. Et les miettes qui tombent de la table sont chichement mesurées. Le capitalisme espère une reconversion. Faute d’autre solution, une reconfiguration du « monde libre » issu de la guerre froide se dessine. Plusieurs options sont déjà visibles avec à la clé une même question : comment conserver le contrôle des opérations ? Telle est la dernière des contradictions qui n’est pas résolue.

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5 réflexions au sujet de « Le capitalisme entre deux eaux »

  1. Pour reconstruire le capitalisme il faut avant tout de la transparence.

    Ci-dessous, un lien vers un texte aux mots et concepts simples destiné à l’éducation des masses et dont, à quelques modifications près comme le remplacement du mot socialisme par celui de capitalisme, les successeurs de la regrettée Mme Sibeth Ndiaye pourront avantageusement s’inspirer :

    Un nouveau visage du capitalisme

    https://www.cvce.eu/obj/article_de_mikhail_gorbatchev_dans_la_pravda_26_novembre_1989-fr-708a7b4d-992c-4798-9978-a627815cc9f1.html

    1. Salut Roberto,

      Je n’avais jamais lu ce texte de Gorby.

      Grandiose ! Comment se saborder sans se saborder en se sabordant pour ne pas se saborder mais en se sabordant quand même.

      Se payer de mots grandiloquents et de belles et hautes idées pas chers, en passant sauver les meubles ? Tu crois que ça va marcher cette fois … pour le capitalisme ?

      1. Je partage, hélas, l’avis de MM Hollande et Macron qui sachant bien qu’un système inégalitaire ne peut se maintenir que par la violence, ont fait inscrire dans la loi ordinaire les lois d’exception. Techniquement tout est en place pour suspendre légalement toutes les libertés et soumettre la population à un arbitraire administratif anonyme. Le tout naturellement au prétexte d’assurer sa sécurité.

        Et la tempête parfaite s’annonce car les politiciens professionnels ne se contentent pas de détruire l’esprit et la lettre de nos institutions, mais font également tout pour servir leurs maitres en renforçant par tous les moyens le modèle extractiviste. Moyennant quoi nous avons maintenant une nouvelle saison, celle des mégas-feux qui de la Sibérie à l’Australie en passant par le bassin amazonien et l’Ouest américain, accélère la destruction du couvert végétal et provoque ce que les météorologues appellent par euphémisme des « évènements remarquables ». Le dernier en date avec 38° relevés au mois de juin en Sibérie.

        Les scénarios les plus pessimistes du Giec nous parlent maintenant d’un franchissement des points de bascule climatique, là où le système totalement déséquilibré s’effondre avant de se stabiliser sur un autre régime, à un horizon d’une dizaine d’années.

        Un scénario (très ?) probable pour les cents ans à venir est donc celui de sociétés totalitaires s’affrontant pour la survie autour des derniers points d’eau.

        Nous étions la seule espèce où les mâles tuaient les femelles, nous sommes maintenant la seule qui tue ses enfants.

        On ne choisit pas sa famille…

  2. « Un scénario (très ?) probable pour les cents ans à venir est donc celui de sociétés totalitaires s’affrontant pour la survie autour des derniers points d’eau. »

    D’une part l’histoire n’est pas écrite, d’autre part camarade Roberto, vous nous faites penser à cet individu face au cancer,qui se laisse aller : le nihilisme meilleur allié de toute les saloperies du monde !

    Gorbatchev ! Il fallait oser faire ressortir ce stalinien des livres d’histoire et tenter de le réhabiliter.

    Sa Glasnost n’a jamais été au point de régénérer les soviets ( votre si chère démocratie directe ) , histoire de tenter de sauver le Socialisme et l’URSS.

    Sa Perestroïka paradoxalement a bien été suivi par ses successeurs, à commencer par Eltsine mais aussi Poutine, pour le plus grand bien de cette mafia de « nouveaux russes » sur la cote d’azur, ces ex- « communistes », accablant encore sous Gorbatchev leurs opposants de vocables si aimable type hitlero-trotskyste.

    Toute raison garder il nous faut donc derrière Spinoza, ne pas rire, ne pas pleurer, mais essayer de comprendre.

    Essayer de comprendre que le Congrès de Tours de 1920 voilà tout juste un siècle, est l’aboutissant des drames, destructions et souffrances d’une guerre mondiale, la suite logique d’une révolution prolétarienne ouvrant grand le champ du possible.

    Il va y avoir de nouveaux Congrès de Tours !

    1. « Il est venu le temps des cathédrales » euh non « Il est venu le temps des Congrès » Tagada tsoin tsoin !

      1920 ! Hmmmm. J’étais pas né. Ils ont voté, ils ont scindé. Sacré résultat du votisme.

      Roberto n’a pas tort, et je ne suis pas certain que cela soit du défaitisme. Constater le réel et faire des pronostics n’est pas du nihilisme non plus.

      Personnellement j’ai toujours pensé que les forces de l’ordre et les forces armées de partout représentent la plus grande menace réelle sérieuse qui plane sur les populations. Le gars qui a une arme est toujours au service de quelqu’un (principe du porte flingue) et dans le pire des cas à son propre avantage. Quand c’est un Etat, on fait toujours croire que c’est pour la protection de sa population, c’est l’argument inculqué, or l’Histoire finit par démontrer strictement toujours le contraire.

      Je suis pessimiste aussi quant à l’issue des événements encours, y a qu’à voir nos comportements collectifs devant le peu de maintient des gestes barrières et de distanciation sociale (alors que l’épidémie était « sous contrôle »).

      On connaît tous la solution quand on a un brin de raison et de jugement, désarmement général planétaire, réduction massive des inégalités planétaire, réorientation des systèmes de production, éducation, solidarité. Bref chacun se doit de devenir philosophe.

      Après est-ce que cela ne s’apparente pas à la quête du saint graal et de la fontaine de jouvence ? Bah vaut encore mieux ça mais on en prend pas la direction assez vite.

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